Résistance rétinienne

Résistance rétinienne fut un projet de livre illustré, compilant les messages de Radio-Londres…

Il me semble essentiel de décrire le contexte de création du livre que vous tenez en mains car il serait facile de mal comprendre notre volonté. Une amie et moi, jeunes graphistes-illustratrices, nous sommes intéressées aux messages de Radio Londres durant la deuxième guerre mondiale pour des raisons assez différentes. (Je ne présente ici, bien sûr, que mes propres travaux sur la question.)
Je suis issue du genre de famille française décrite dans L’Art français de la guerre (Alexis Jenni, Gallimard, 2011). J’avais un arrière grand père résistant qui a semé des souvenirs dans les maisons où j’ai grandi : un brassard FFI, une affiche pro-alliés, des livres à pertes d’étagères sur la deuxième guerre mondiale, la résistance, le nazisme. Le souvenir de ces messages a traversé les générations et j’en ai moi-même hérité. J’ai un besoin impérieux de ne pas les laisser tomber dans l’oubli et une certaine tendresse pour la poésie de ces phrases et l’ingéniosité de ces hommes qui face au pire ont su choisir des phrases riches de sens et fondées sur une culture commune pour communiquer et coordonner leur combat.
Après des mois de recherche, nous disposions d’une liste assez conséquente et fiable de phrases. Il était capital pour nous que les messages soient authentiques, il ne s’agissait pas de faire un livre amusant ou simplement artistique, notre volonté restait de faire transiter par nos dessins un pan de la culture française. Car ces messages, même si le sens nous parvient parfois altéré, restent le témoignage d’un refus de délaisser la culture et la dignité d’une langue et d’un peuple, sous prétexte de guerre, voire même de s’en servir pour encoder des messages stratégiques avec finesse et intelligence.
Là, il fallut encore chercher : De quelle couleur dessiner ? Pourquoi ? Dans quelle police de caractère composer les textes ? Pour répondre à ces questions, nous nous sommes plongées dans les archives de l’époque et nos cours de typographie. Nous en avons extrait les principes suivants : les illustrations de mon amie seraient grises anthracites pour évoquer les copies carbones et les croquis au crayon à papier, mes illustrations seraient bleues encres pour les plumes d’écoliers. Les messages seraient composés en Garamond, une police traditionnelle française, pour symboliser l’engagement français, sa simplicité et son impact culturel ; mais aussi en Century School Book et en Franklin Gothic, des polices anglo-saxones à l’image des journaux britanniques de l’époque. De plus nous insérerions des pages « bruits de guerre », reproductions de scènes de résistance accompagnées d’extraits de discours et de chants diffusés par Radio Londres, afin de ne pas perdre de vue la réalité des combats. 
Voici les clefs de cette collection, nous vous la livrons en espérant que vous la traiterez avec le même respect et la même tendresse que nous l’avons fait. Souhaitant également qu’elle œuvre pour la préservation de la mémoire de cette époque dont il reste aujourd’hui peu de témoins.

Vous pouvez acheter ces designs : https://shop.spreadshirt.fr/resistance-retinienne

no images were found