Tristan Tzara, Terre sur terre

Illustrations réalisées autour des textes du recueil Terre sur terre de Tristan Tzara.

Le buisson ouvert

"à éteindre la distance j'ai usé mes yeux en feu je suis allé dans le désert la solitude m'a fui fallait-il que je me perde à guetter l'étroite flamme au cœur noir des chevauchées sous la pierre et le soleil je t'ai reconnue ma vie je te garde je te soigne au jardin des chauds silences tant que le passé sous terre ronge l'ombre de son frein ce n'est pas une fille de la terre encore moins une fille du ciel mais plutôt une fille de l'eau folle rien ou presque de qui parles-tu tristesse un oiseau mort dans ma main que se crispe que se cabre la mémoire inextricable moi je passe inlassable lame de fond le feu court dans mon sommeil et dévaste ses chemins mais je vis de sa lumière"

« à éteindre la distance
j’ai usé mes yeux en feu
je suis allé dans le désert
la solitude m’a fui
fallait-il que je me perde
à guetter l’étroite flamme
au cœur noir des chevauchées
sous la pierre et le soleil
je t’ai reconnue ma vie
je te garde je te soigne
au jardin des chauds silences
tant que le passé sous terre
ronge l’ombre de son frein
ce n’est pas une fille de la terre
encore moins une fille du ciel
mais plutôt une fille de l’eau folle
rien ou presque
de qui parles-tu tristesse
un oiseau mort dans ma main
que se crispe que se cabre
la mémoire inextricable
moi je passe
inlassable lame de fond
le feu court dans mon sommeil
et dévaste ses chemins
mais je vis de sa lumière »

La vague

"par le feu le vent la mitraille sans flamme sans souffle sans fusil comme paroles de justice éclairé au centre de lui-même Ia peur partout présente définitive telle fuit la nuit immense de la solitude et à son flanc grand ouvert l'homme aux aguets qu'a-t-il fait de quel sauvage silence a-t-on scellé sa vie un coup dans la mâchoire mâchoire de sa vie limon d'adolescence d'étoile éclaboussée au bas d'une terre vague il n'a rien compris il tourne dans sa tête les genoux foudroyés les mots éparpillés tout autour de son regard frileux la marée invisible des villes des campagnes et l'acier unanime de leur soleil terrible"

« par le feu le vent la mitraille
sans flamme sans souffle sans fusil
comme paroles de justice éclairé au centre de lui-même
Ia peur partout présente définitive
telle fuit la nuit immense de la solitude
et à son flanc grand ouvert l’homme aux aguets
qu’a-t-il fait de quel sauvage silence
a-t-on scellé sa vie un coup dans la mâchoire
mâchoire de sa vie limon d’adolescence
d’étoile éclaboussée au bas d’une terre vague
il n’a rien compris il tourne dans sa tête
les genoux foudroyés les mots éparpillés
tout autour de son regard frileux
la marée invisible des villes des campagnes
et l’acier unanime de leur soleil terrible »

Facile à dire

"quoi qu'il dise quoi qu'il fasse qu'il déchire l'ordre pâle de l'enfance retrouvée et qu'il pleure ce qu'il pense qu'il trafique ou qu'il parle qu'il retourne l'or sans cesse grandissant de la mémoire qu'il s'en lave les mains lourdes sans répit et sans regret silencieusement immense qu'il se donne corps et âme à la flamme de l'oubli c'est toujours la même histoire qui s'écrit les yeux fermés dans des mots de lisse mousse sur une mer de vanité mais je ne l'ai jamais comprise"

« quoi qu’il dise quoi qu’il fasse
qu’il déchire l’ordre pâle
de l’enfance retrouvée
et qu’il pleure ce qu’il pense
qu’il trafique ou qu’il parle
qu’il retourne l’or sans cesse
grandissant de la mémoire
qu’il s’en lave les mains lourdes
sans répit et sans regret
silencieusement immense
qu’il se donne corps et âme
à la flamme de l’oubli
c’est toujours la même histoire
qui s’écrit les yeux fermés
dans des mots de lisse mousse
sur une mer de vanité
mais je ne l’ai jamais comprise »