Tristan Tzara, De mémoire d’homme, Le Poids du monde

Illustrations réalisées autour des textes du recueil Le Poids du monde de Tristan Tzara.

"à peine le vent eut-il cessé de remuer les épines couronne de pays à la portée de nos mains le vin de connaissance figé dans la solitude que déjà l'âcre mémoire montait dans la balance un cri coupé à même la racine"

« à peine le vent eut-il cessé de remuer les épines
couronne de pays à la portée de nos mains
le vin de connaissance figé dans la solitude
que déjà l’âcre mémoire montait dans la balance
un cri coupé à même la racine »

"non ce n'est pas pour crier sur les toits ma haine ma joie que je me suis dressé parmi vous bitume du silence sur le corps de la nuit"

« non ce n’est pas pour crier sur les toits
ma haine ma joie
que je me suis dressé parmi vous
bitume du silence sur le corps de la nuit »

"non je n'oublie rien c'est vrai que des hommes perdaient le sens de leur pas que des enfants riaient que d'autres se hâtaient de tomber dans le vide que des enfants riaient de leur faim tandis que de grands rêves déchiquetaient leurs corps en avez-vous rêvé eux aussi ils rêvèrent et leur songe meurtri épaissis dans la brume a épuisé la honte des années"

« non je n’oublie rien
c’est vrai que des hommes perdaient le sens de leur pas
que des enfants riaient
que d’autres se hâtaient de tomber dans le vide
que des enfants riaient de leur faim
tandis que de grands rêves déchiquetaient leurs corps
en avez-vous rêvé eux aussi ils rêvèrent
et leur songe meurtri épaissis dans la brume
a épuisé la honte des années »

"je suis debout au carrefour des questions insensées"

« je suis debout au carrefour des questions insensées »

"et toute ma vie toute ma vie j'ai couru après moi-même sans savoir me rattraper je me connais je suis le même je cherche encore je cours les pistes"

« et toute ma vie
toute ma vie
j’ai couru après moi-même
sans savoir me rattraper
je me connais je suis le même
je cherche encore
je cours les pistes »

"j'avance lentement j'ai connu les départs sans cause et les arrivées nulle part"

« j’avance lentement
j’ai connu les départs sans cause
et les arrivées nulle part »

"j'avance lentement j'ai vu les yeux perdus la guerre les yeux suppliants détournés de la guerre les yeux écarquillés la guerre les yeux lâches les yeux bas ignobles les yeux des petites filles des amoureuses et ceux des mères mais ne parlez plus des yeux des mères leur éclat à tout jamais a terni l'éclat des nôtres ils ont guetté mur de silence"

« j’avance lentement
j’ai vu les yeux perdus la guerre
les yeux suppliants détournés de la guerre
les yeux écarquillés la guerre
les yeux lâches les yeux bas ignobles
les yeux des petites filles des amoureuses
et ceux des mères
mais ne parlez plus des yeux des mères
leur éclat à tout jamais
a terni l’éclat des nôtres
ils ont guetté mur de silence »

"j'avance lentement j'ai vu l'horreur gravée à même les rétines de ceux qui pour avoir voulu survivre sont morts mille fois au fond des yeux amis"

« j’avance lentement
j’ai vu l’horreur gravée à même les rétines
de ceux qui pour avoir voulu survivre
sont morts mille fois au fond des yeux amis »

"comme cri perdu de goéland je t'ai perdue peine profonde le vent la nuit c'est vrai j'avance lentement mais dans chaque visage riant s'est découvert prunelle de mes yeux mon amour l'amour présent et l'avenir le poids du monde"

« comme cri perdu de goéland
je t’ai perdue peine profonde
le vent la nuit
c’est vrai j’avance lentement
mais dans chaque visage riant
s’est découvert prunelle de mes yeux
mon amour
l’amour présent et l’avenir
le poids du monde »