Tristan Tzara, De mémoire d’homme, Le Bœuf sur la langue

Illustrations réalisées autour des textes du recueil De mémoire d’homme de Tristan Tzara.

"La liberté est à ce prix et la force de l'amour en marque les degrés."

« La liberté est à ce prix et la force de l’amour en marque les degrés. »

"Tant pis pour le soleil ; je n'en croyais pas mes yeux."

« Tant pis pour le soleil ; je n’en croyais pas mes yeux. »

"Les grimaces allongeaient les perspectives. Ce ne pouvait être qu'une prison. Comme de tristes grouillements, des gémissements bougeaient dans son ventre. C'était impersonnel et propre, une longue vitre sous la pluie. La nuit se dévidait silence après silence et le chapelet des passants s'égrenait lentement. On s'enfonçait dans l'absence par la surdité montante des murs."

« Les grimaces allongeaient les perspectives. Ce ne pouvait être qu’une prison. Comme de tristes grouillements, des gémissements bougeaient dans son ventre. C’était impersonnel et propre, une longue vitre sous la pluie. La nuit se dévidait silence après silence et le chapelet des passants s’égrenait lentement. On s’enfonçait dans l’absence par la surdité montante des murs. »

"Tout en haut, au centre du brouillard, un soleil pour pauvres. Plus loin, vers l'intérieur cadenassé, où l'homme à rangé les défroques de son passé, un mot, un seul. Par-delà les abîmes, les usines, où sont les solennités du serment ? Rien ne désespère dans le buisson fripé. Des gouttes d'eau qui déjà tremblent se lève le géant espoir de la vie du têtard. Moi aussi j'ai tué le remords."

« Tout en haut, au centre du brouillard, un soleil pour pauvres.
Plus loin, vers l’intérieur cadenassé, où l’homme à rangé les défroques de son passé, un mot, un seul.
Par-delà les abîmes, les usines, où sont les solennités du serment ?
Rien ne désespère dans le buisson fripé. Des gouttes d’eau qui déjà tremblent se lève le géant espoir de la vie du têtard.
Moi aussi j’ai tué le remords. »

"Ceux qui restent sur le trottoir voient le profil de l'éternité et entendent en songe les cloches du lendemain. Et les plages se remettent en branle. Pour l'honneur et l'amour et la vérité du déjà dit."

« Ceux qui restent sur le trottoir voient le profil de l’éternité et entendent en songe les cloches du lendemain. Et les plages se remettent en branle. Pour l’honneur et l’amour et la vérité du déjà dit. »

"Pas d'illusions ! Ce n'est pas encore ici que commence le monde. De recul en recul, les jours se sont élimés, nos antennes se raidissent et à l'hostilité de l'espace on devine sa joie de nous tromper. Ici, la pierre. Là, la boue. De grillage en grillage, la vie devient verte et la modestie du rire se mesure aux dents. Comment ne me souviendrais-je des gouffres à écraser les montagnes qui manient leur jeu d'enclume sous l'os décrépi ? C'est à la souffrance ténue qu'était liée la gerbe des faits. Et je vivais, pour en atténuer la tension, pauvre insecte dans le vrombissement stupide des rues. Je me voyais marchant devant moi-même comme une carotte de malheur. Qu'as-tu fait de la croix de moquerie, pauvre défroque soumise à la poussière des marchepieds ? Tu t'es lancées dans un gémissement de langue morte, les larmes déférées devant la cour des mastications. Il n'y a plus de porte dans l'œuf de la cité. Blotti dans la laine adulte, tu écoutes l'évidences des pierres. Que de nouvelles scories puissent encore jaillir à travers la nuit du fer, le vin léger et le printemps des éternelles chevauchées ne réjouiront pas moins les voyageurs que nous sommes, réduits aux plaisirs des dernières voies de garage."

« Pas d’illusions ! Ce n’est pas encore ici que commence le monde. De recul en recul, les jours se sont élimés, nos antennes se raidissent et à l’hostilité de l’espace on devine sa joie de nous tromper. Ici, la pierre. Là, la boue. De grillage en grillage, la vie devient verte et la modestie du rire se mesure aux dents. Comment ne me souviendrais-je des gouffres à écraser les montagnes qui manient leur jeu d’enclume sous l’os décrépi ? C’est à la souffrance ténue qu’était liée la gerbe des faits. Et je vivais, pour en atténuer la tension, pauvre insecte dans le vrombissement stupide des rues. Je me voyais marchant devant moi-même comme une carotte de malheur. Qu’as-tu fait de la croix de moquerie, pauvre défroque soumise à la poussière des marchepieds ? Tu t’es lancées dans un gémissement de langue morte, les larmes déférées devant la cour des mastications. Il n’y a plus de porte dans l’œuf de la cité. Blotti dans la laine adulte, tu écoutes l’évidences des pierres. Que de nouvelles scories puissent encore jaillir à travers la nuit du fer, le vin léger et le printemps des éternelles chevauchées ne réjouiront pas moins les voyageurs que nous sommes, réduits aux plaisirs des dernières voies de garage. »

"On me dit : il y a encore des souvenirs. Vérité conquise, venant des profondeurs de la durée, une nouvelle faim s'est répandue en moi. Déjà, haut perché entre la suie et la lumière, le feu du passé s'effeuille et se perd."

« On me dit : il y a encore des souvenirs.
Vérité conquise, venant des profondeurs de la durée, une nouvelle faim s’est répandue en moi. Déjà, haut perché entre la suie et la lumière, le feu du passé s’effeuille et se perd. »

"Ainsi, un nouveau chemin déploie ses battants devant la réinvention de la dernière chance."

« Ainsi, un nouveau chemin déploie ses battants devant la réinvention de la dernière chance. »