Saint-Georges tue le Dragon, un film de Srđan Dragojević

Srđan Dragojević, le réalisateur, est né au début des années 60 à Belgrade. Diplômé en psychologie et en réalisation cinématographique, il a débuté sa carrière au début des années 90 avec des succès commerciaux, notamment des comédies musicales. Il va ensuite aborder dans ses films les guerres de Yougoslavie, avec Joli village, jolie flamme (Lepa sela lepo gore) en 1996, il s’inspire d’une histoire vraie datée de 1992, en pleine guerre de Bosnie. Dans Les Blessures (Rane), 1998, il explore la Serbie de Milošević. Son dernier film : La parade (Parada) a connu un réel succès international. Dans chacun de ses films, le questionnement des personnages sur leur identité (qu’elle soit nationale, sociale, sexuelle, …), sur la société dans laquelle ils vivent, est abordé avec humour et sensibilité.

Saint Georges tue le dragon (Sveti Georgije ubiva aždahu, 2009, Serbie) est un «mélodrame de guerre » (selon le réalisateur) basé sur la pièce de théâtre éponyme de Dušan Kovačević.

L’action se déroule de 1912 à 1914, dans un petit village de Serbie, à la frontière austro-hongroise, le long de la Save. Ce cadre permet d’aborder à la fois la deuxième guerre balkanique, la Première Guerre mondiale, la vie quotidienne de l’époque. On y suit la vie du village, de deux vétérans de guerre, l’un jeune et invalide : Gavrilo, l’autre d’âge mûr : Georgije. Les deux hommes sont amoureux de la même femme : Katarina.

Cette thématique villageoise et celle du triangle amoureux sont, généralement, assez récurrentes dans les films traitant de la guerre. D’ailleurs, on peut trouver de nombreux points communs avec le film français J’accuse d’Abel Gance, qui présente néanmoins des personnages bien plus caricaturaux. On retrouve ainsi les thèmes du triangle amoureux, de l’union des deux amants dans la guerre, de la présence du sacré , du surnaturel — avec notamment l’apparition de Vercingétorix sur le champ de bataille — et de la dénonciation des hommes restés à l’arrière.

Le film est bâti comme une fable, d’ailleurs la séquence d’ouverture le dit ouvertement : un grand-père dit à son petit fils « je vais maintenant t’apprendre quelque chose de véritablement utile ». Et sur ce, le réalisateur passe directement au front de la guerre serbo-turque. Dans les dix premières minutes le décor et les personnages sont posés. Le film est réalisé de manière chronologique, la caméra propose, presque exclusivement, des vues frontales et en gros plans. Seules trois séquences adoptent une vue plongeante et aérienne, se dégageant du sol, lors des scènes de guerres. Aucune vue subjective, la caméra plonge le spectateur justement dans le statut de spectateur et rien de plus, dans un mouvement théâtral. L’empathie pour les personnages ne vient que de leurs actions.

Saint Georges tue le Dragon remporta à l’étranger (Montréal) le prix de la meilleure contribution artistique et fut nominé au grand prix des Amériques.

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