Eurostile

Voilà un moment que je souhaitai consacrer des articles à l’histoire de certaines typographies, un domaine qui me passionne et auquel je vais même consacrer une thèse (je vous en reparle prochainement). 
Pourquoi commencer par l’Eurostile ? Sans raison particulière, ou plutôt par hasard, j’ai reçu l’autre jour un dossier de 49 pages rédigé intégralement en Eurostile light corps 11, ce qui n’est absolument pas l’usage prévu pour ce caractère. Ledit document m’a donc demandé un effort considérable de déchiffrage plus que de lecture. 
Ceci a constitué un électrochoc, quelqu’un devait faire quelque chose pour l’éducation à la typographie, et ce quelqu’un serait moi ! (Oui, j’ai de brefs instants où je m’imagine en justicier/superhéros du dessin de lettre, mais je vais bien ne vous inquiétez pas.)
Je commence donc cette semaine par le cas Eurostile. La semaine prochaine sera vraisemblablement consacrée au Times New Roman. (Cliffhanger de folie, je sais, ça va être dur d’attendre pour vous…)


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Nom : Eurostile

Date de naissance : 1962

Lieu de naissance : Turin, Italie

Créateur : Aldo Novarese

Fonderie : Nebiolo (aujourd’hui numérisée chez Linotype)

Cette fonte est, selon la classification Vox-Atypi une linéale géométrique. C’est-à-dire qu’elle n’a pas d’empattement et qu’elle est construite à partir de formes géométriques, précisément dans ce cas un rectangle arrondi.
Son dessin est également inspiré d’une fonte précédente de Nebiolo, la Microgramma (1952, Allessandro Butti et Aldo Novarese), qui ne disposait pas de bas-de-casse (minuscules). Le rectangle arrondi est directement inspiré des téléviseurs de l’époque et de certaines formes architecturales, du Corbusier, par exemple. Aldo Novarese souhaitait rendre compte de l’esprit de son temps. Son design inscrit, donc, toutes les lettres dans ce rectangle arrondi. Ce qui rend la fonte très adaptée à la titraille, la publicité et les enseignes, elle est également très tôt adoptée par la télévision. Partout où la taille des lettres est grande. 
Le revers de la médaille est, donc, son manque de lisibilité (énorme) en petit, car l’œil du lecteur ne perçoit plus, alors, qu’une série de petits rectangles. Mais c’est normal, elle n’a pas été conçue pour cela ! L’Eurostile rêve d’énormes panneaux publicitaires où elle pourrait étaler ses courbes légères et solides, ses formes tout en équilibre et en stabilité, où elle pourrait sans heurts se mêler à l’architecture, tant elle répond des mêmes règles que celle-ci, où elle pourrait ménager une rythmique particulière grâce à son large ensemble de graisses et de variantes.
Sa présence à la télévision dans les années 1960 et 1970 et son design futuriste l’ancre dans un imaginaire de science-fiction. On la retrouve notamment dans Star Trek, dans le générique du Doctor Who (1966-1969), dans 2001 : l’Odyssée de l’espace, etc. Elle devient aussi une fonte synonyme de données transmises par ordinateur, les données solides et concrètes. C’est ainsi que les positions GPS, les données temporelles ou géographiques en général dans les œuvres filmées de fiction, sont en Eurostile.

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