Bodoni

Nom : Bodoni
Date de naissance : 1798
Lieu de naissance : Parme, Italie
Créateur : Giambattista Bodoni

Giambattista est en charge de l’imprimerie du Duc de Parme quand il crée ce caractère, son caractère. Caractérisé par un grand contraste entre verticales et horizontales, il amorce ainsi la révolution des “didones” (de Didot, un caractère plus ou moins créé au même moment, répondant plus ou moins aux mêmes règles de dessin).

Son grand œuvre, en caractère Bodoni, est l’Oratio Dominica. Un catalogue de 155 traductions du Notre Père, publié en 1806. Bodoni est ainsi un des premiers, si ce n’est le premier, à réaliser un ensemble cohérent de caractères latin et non-latin, répondants aux mêmes gabarits de formes, aux mêmes principes de dessin. Ce que Bodoni réalise à ce moment-là n’est rien de moins que l’équivalent de l’époque de la Noto de Google (2014) projet titanesque encore en cours de production qui vise à doter internet d’une fontes regroupant tous les caractères existants sur Terre, de tous les alphabets, toutes les langues. Entre Bodoni et Google, il n’y a pas réellement eu d’équivalent. Les typographes ont en effet rarement réalisé des fontes d’alphabets différents du leur. On compte des équivalents de dessins pour les alphabets grecs, cyrilliques, mais rarement pour les alphabets hébreux, arabes, et pratiquement jamais pour les langues asiatiques … Les envies de fontes universelles ont souvent existé, mais n’ont que peu abouti. Donc, retenons ceci, Bodoni est le Noto de l’époque moderne. On ne s’y trompe pas, puisqu’il reçoit pour son œuvre les compliments des grands de son époque, de Benjamin Franklin au Pape Pie IV, en passant par Stendhal.

CONSULTEZ ICI L’ORATIO DOMINICA

Je vous invite à regarder les différents alphabets, par exemple : Hébreu, page 69 ; Samaritain, page 71 ; Chaldéen, page 73 ; Hébreu rabbinique (plus inspiré du tracé manuel, page 76 ; Syriaque, page 79 ; Arabe, page 84 ; Phénicien, page 86 ; Perse, page 88 ; Devanagari, page 104 ; Mandchou, page 108 ; Chinois, page 111 ; Tibétain, page 119 ; Géorgien, page 131 ; Arménien, page 133 ; Grec, page 139 et 158 ; Étrusque, page 179 ; en Allemand (l’usage voulait encore que les langues germaniques s’écrivent en Fraktur), page 201 ; Russe, page 227 et 229 ; Copte, page 267 ; Amharique, page 269.

Et maintenant imaginez. Nous sommes avant internet, avant l’Union postale universelle, avant les bateaux à vapeur. Un homme, dans un atelier de Parme, fabrique des caractères mobiles d’imprimerie à partir de manuscrits arrivés on ne sait pas trop dans quel état jusqu’à lui, tracées avec divers instruments sur divers supports par moines érudits aux quatre coins du monde, et cet homme, Giambattista, en fait un ensemble cohérent et esthétique !

Après sa mort, sa veuve publie le Manuale tipografico, un recueil des caractères qu’il a dessinés. Autant latin qu’étranger, il regroupe en tout 665 alphabets différents (dont certains ont plus de 380 caractères), et plus de milles ornements et vignettes. Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, Giambattista était un bourreau de travail, un perfectionniste, et souhaitait embrasser l’infini des possibilités typographique de son temps dans une œuvre à l’esthétique irréprochable.

Sa poursuite du beau tenait dans l’équilibre des pages, dans l’agencement des différents corps de caractères entre eux, dans l’usage des espaces entre les lignes et autour des blocs de textes, la mise en forme du texte doit être une œuvre d’art à part entière. Chaque page doit pouvoir se regarder et s’admirer avant de se lire.

Mais pourquoi le Bodoni est aussi novateur ? Qu’est-ce qui fait du Bodoni, le Bodoni ? Son dessin, bien sûr. Ses contrastes entre verticales et horizontales, comme je le disais, mais grâce à des jeux de dissymétrie, à une étude attentive des lettres, un paragraphe composé en Bodoni paraîtra élégant, comme avec toutes les didones, mais il sera plus sympathique, plus chaleureux que du Didot. Bodoni définissait lui-même le “charme” comme un des piliers d’un caractère réussi, et on peut dire que cela se voit, même si ça ne se conçoit que difficilement. On peut comparer ainsi quelques lettres entre Bodoni et Didot :

Le Bodoni est aujourd’hui principalement utilisé pour du titrage. Il est pourtant très lisible en texte long si l’on prend la peine de trouver le bon corps, le bon interlignage. Son dessin, comme nous l’avons vu, apporte de l’élégance, de la bonhomie et peut-être un peu d’irrévérence ou d’inattendu. Il est utilisé dans la mode et l’industrie musicale, justement pour ces qualités : chez Vogue et Lady Gaga, pour n’en citer que deux.

Je rêve d’une collection d’ouvrages bilingues qui renouerait avec les ambitions de Giambattista et proposerai des textes en langues et caractères étrangers ainsi que leur traduction, dans le même caractère. Cependant, la digitalisation du Bodoni a toujours posé problème.

Pour citer Fontsquirrel : “Malgré l’énorme popularité des polices de caractères Bodoni, il n’y a actuellement aucune famille numérique sans compromis. Les interprétations de Bodoni fonctionnent avec certaines tailles d’affichage et sont impossibles à lire avec des tailles de texte ou sont conçues pour être lisibles en taille de texte mais leur apparence est négligée en grand caractère. Les utilisateurs finissent par devoir mélanger et assortir des Bodoni, ce qui entraîne des incohérences dans la conception et la qualité. Notre Bodoni est la toute première famille Bodoni sans compromis, construite pour l’ère numérique. Des années dans la fabrication, cette famille de polices comprend 56 fichiers, ce qui vous assure le Bodoni parfait pour chaque situation.” (Ok, c’est un peu publicitaire de leur part, mais loin d’être faux…)

Regardez ce court documentaire sur le Bodoni :

Sources :

  • De Jong (Cees W.), Purvis (Alston W.) et Tholenaar (Jan), Type: A Visual Hisyory of Typefaces and Graphic Styles, Vol. 1 1628-1900, Taschen
  • Rault (David), Guide pratique de choix typographique, Atelier Perrousseaux

Vous pouvez télécharger une version libre du Bodoni.